[Littérature] Et puis après

Yasuo, comme pétrifié, s’était laissé tomber sur le fond du bateau et demeurait incapable de détourner le regard de ce funeste spectacle. N’était-ce pas ça qu’on appelait un cauchemar ? Cela évoquait l’image abstraite d’un éparpillement d’étincelles d’étoiles que l’on croyait percevoir lorsque l’on pressait fort ses paupières de ses poings.
Du fond de ce voile sombre, mêlées au vent, des gouttes d’eau froide venaient lui éclabousser les joues. L’air, maintenant glacial, devenait plus mordant.

Le 11 mars 2011, un violent tsunami balaye la façade maritime nord du Japon. Trois semaines plus tard, la journaliste Kasumiko Murakami, alors en poste à Tokyo, part en zones sinistrées recueillir la parole des survivants. De cette rencontre, elle en tire un court roman, ainsi qu’un personnage, Yasuo, vieux pêcheur, producteur de wakame et chef du syndicat local qui, pour sauver la flotte de navires dont il est le responsable moral, entraine courageusement ses collègues vers le large. Mais prédomine à cette échappée, un sentiment d’impuissance face aux éléments, puis un profond abattement lorsqu’il constate qu’un outil de travail n’est rien s’il n’a plus de fonction à remplir. Dès lors, tel un spectre, Yasuo, sans travail et sans maison, erre parmi les frêles cloisons de carton, derniers remparts d’intimité dans ce refuge de fortune vers lequel sont conduits les rescapés. Mais tôt ou tard, par delà l’horizon salé, la lumière du jour refera surface.

Bien que sa brièveté fasse naître frustration chez le lecteur, Et puis après, rappelant par endroit Le Vieil Homme et la Mer de Hemingway, demeure une source de satisfaction pour celles et ceux se passionnant pour l’archipel nippon et l’âme de ses habitants.

6 commentaires

  1. Je ne l’ai pas vu mais je te conseille de voir The land of hope de Sono Sion qui revient sur l’après tsunami justement. Un de ses rares films sortis en DVD et BR par chez nous, aux éditions HK Vidéo.

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  2. Sans rapport direct avec ce livre (si ce n’est l’archipel nippon), je viens d’apprendre le décès de Jirō Taniguchi , auteur du splendide et poignant « Quartier Lointain » dont nous avions parlé sur ton précédent blog. Après Gotlib, triste nouvelle.

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