[Cinéma] Jason Bourne

Ce réveil dans les eaux de l’East River sur lequel se clôturait la première trilogie présageait la renaissance définitive de Jason Bourne. Peine perdue. Après une courte (et peu convaincante) parenthèse portée par Jeremy Renner et le réalisateur/scénariste Tony Gilroy, le couple Paul Greengrass/Matt Damon se reforme, pour le meilleur et pour le pire.

Emmuré dans les souvenirs d’une existence passée qui lui échappe pourtant constamment, Jason Bourne, figure de l’enfant abandonné, se consumant dans la poussière de combats clandestins organisés à la frontière de la Grèce et de l’Albanie, part – contre son grès – à la rencontre de ses gènes, de ses origines, et de l’identité morale d’un homme, le seul des pères qui ne lui souhaita pas un jour sa mort. Une quête lui faisant parcourir un monde en crise marqué du sceau de l’affaire Snowden.

Le cinéma de Greegrass, ancien journaliste d’investigation, a d’ailleurs cela de passionnant qu’il vibre des questions d’actualité travaillant nos sociétés. Ce quatrième volet ne déroge pas à cette règle, et le réalisateur, toujours en compagnie du scénariste Christopher Rouse, d’aborder la question de l’emploi par les agences de renseignements gouvernementales des données numériques privées, ainsi que du droit à l’oubli (inexistante pour Jason Bourne, dont l’amnésie psychique se heurte systématiquement à l’hypermnésie du système qui l’a mis au monde) en insérant à l’intrigue principale, déjà copieuse en personnages, un arc narratif révélant les manœuvres de la CIA pour s’allier à un ponte de l’industrie des réseaux sociaux.

Une apparente richesse qui masque difficilement le monolithisme des acteurs, mais surtout l’absence de nouveauté et le manque flagrant d’enthousiasme d’une mise en scène rejouant, sous la forme d’un pâle best-of, les scènes qui ont jalonné les précédents volets sans pour autant que la réalisation ou le montage ne soient habitées par la même rage. Ainsi, cette monstrueuse poursuite dans la fournaise athénienne en proie au retour de flamme des mouvements nationalistes, comme cette chasse à l’homme que se livre les deux antagonistes dans ce haut lieu du capitalisme occidental qu’est Las Vegas, de filer sous nos yeux indifférents.

jason_bourne_photo

15 commentaires

  1. Episode de trop pas pour moi, ce serait plutôt le machin indigeste et mal torché de 2012 fait par un scénariste se prenant pour un réalisateur. Un quatrième opus réel et bien fait, qui bénéficie d’un fond en accord avec l’actualité. Pas de parler de Snowden comme il a souvent été dit durant la promotion, Bourne étant lui-même un lanceur d’alerte depuis 2004. Le film cache bien son jeu avant de dézinguer les relations douteuses entre certaines entreprises et les services du renseignement, en donnant lorsque ça les arrange et se posant en rempart contre la divulgation d’identité à découvert. Par son contexte politique, Jason Bourne réussit pour moi bien son coup, bien plus que James Bond sous l’aura du spectre. 😉

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    • De mon point de vue, Jason Bourne n’est pas un lanceur d’alerte, ce sont les protagonistes gravitant autour de lui qui le sont. Bourne est mû uniquement par son amnésie et son désir de recouvrer la mémoire, rien de plus.
      Du reste, je ne nie pas la pertinence du contexte dans lequel Greengrass fait évoluer son héros dans cette suite.

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  2. Encore une terrible affaire d’une saga filmique qui aurait du rester une trilogie. Le film en soi n’est pas déshonorable, ses thématiques sur la surveillance étant en effet un formidable sujet, mais tout est si anecdotique…

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