[Littérature] 20 ans avec mon chat

Depuis quand je ne sais une petite barque vient flotter dans ma nuit
Une rivière coule emportant mon chat au fil de l’eau
Et moi je pars à la recherche de la barque criant le nom du chat
Mî ! Où es-tu, où le courant t’a-t-il emportée
Je voudrais que tu chantes pour me dire où tu es
Je voudrais que tu miaules
Pour me dire où tu étais

La barque de mon rêve est ronde
Tiède et douce
Comme un utérus

Le chat est emporté de plus en plus petit
Le vent m’apporte ses poils doux et fins
Ah, il me faut aller le chercher
Il ne fallait pas le laisser seul dans ma barque
La plainte du chat qui ne peut plus revenir tournoie comme le vent
Ce rêve combien de fois l’ai-je fait…

Avec 20 ans avec mon chat, la poétesse Mayumi Inaba revient sur les vingt années de vie commune qu’elle partagea avec sa chatte baptisée Mî en raison du petit cri qu’elle poussa à leur première rencontre. Le lecteur ne possédant aucunes affinités avec ces petits tyrans à poils ne s’engagera sans doute pas de lui-même dans la lecture d’une œuvre sans grande prétention littéraire. Pourtant, en marge, l’auteure y couche ses rêves (celui, notamment, de devenir romancière) et ses désillusions (un divorce sur lequel elle revient perpétuellement), et nous offre le portrait d’une société japonaise qui, dans les années 80-90, se montrait alors fort peu bienveillante avec ces animaux, chassées pour leur peau servant à recouvrir les caisses de résonance des shamisen¹, et ostracisés par tous les bailleurs de la mégalopole tokyote.

Assurément, ces deux là sont félins pour l’autre, leur relation résistant à l’épreuve du temps et des déménagements. Un amour 20_ans_avec_mon_chat_mayumi_inabainconditionnel traduit avec beaucoup de sensibilité, et dont la prose se voit ponctuée de beaux poèmes. Inaba dresse ainsi un joli autel devant lequel notre cœur ne peut rester insensible.

¹Le shamisen est un instrument de musique traditionnel à cordes pincées (une sorte de luth à long manche) utilisé en musique japonaise.

4 commentaires

  1. Malgré mon allergie, j’ai une certaine tendresse pour ces bestioles de caractère qui ont inspiré tant d’hommes et de femmes de lettres. Je ne connais pas cette poétesse nippone mais elle semble inspirée, tout comme ta petite bafouille au poil 😉

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