[Cinéma] Les Flics ne dorment pas la nuit

Totalement inconnu du grand public, le nom de Richard Fleischer, réalisateur dont la seule habileté technique a longtemps prévalu dans la définition de son cinéma, acquière, au fil des ressorties de ses œuvres, la reconnaissance publique qu’il n’a pu véritablement embrasser de son vivant. Ainsi, l’éditeur Carlotta, après avoir déterré L’Étrangleur de Boston et Les Inconnus dans la Ville, a récemment exhumé trois nouvelles pièces maîtresses de sa filmographie parmi lesquels Les Flics ne dorment pas la Nuit (The New Centurions en V.O.), sorti en 1972 aux États-Unis et adaptation du livre éponyme écrit par Joseph Wambaugh, romancier qui revêtit l’uniforme bleu de la LAPD de 1960 à 1974 après avoir renoncé à embrasser une carrière d’enseignant.

De ce récit, le réalisateur en tire un polar crépusculaire d’un réalisme et pessimisme désarmant dans la description qu’il fait du labeur dont s’acquitte quotidiennement les policiers arpentant les rues de Los Angeles. Comme le souligne Nicolas Saada en préambule du Blu-ray, ce long métrage, par le traitement qu’il applique à son sujet, préfigure le suivant (et chef d’œuvre), Sol

eil Vert, dans lequel la notion de cannibalisme social sera poussé à son extrême limite. Ici, Fleischer fait des gardiens de la paix, des cols bleus ne pouvant se soustraire à une fonction et à un environnement leurs exigeants un investissement humain absolu, quitte à négliger sa famille et à renoncer à ce qui fait d’eux des individus. Un portrait que le réalisateur articule autour de deux figures, celle d’Andy Kilvinsky (imposant George C. Scott), agent aux portes de la retraite, et de Roy Fehler (intense Stacy Keach), étudiant en droit rejoignant les rangs de la police pour des raisons strictement alimentaires. Deux hommes pour lesquels rendre la justice est une dépendance. Deux hommes au dessus desquelles plane l’ombre de la mort. Une mort qui, chez Fleischer, n’est jamais vaine. Elle révèle une réalité qui se tient loin des yeux et de l’esprit. Elle porte un message pour que soient corrigées les erreurs du présent. Faut-il encore pour cela que le(s) destinataire(s) puisse(nt) en admettre le sens avant que ne sonne le glas de leur(s) existence(s).

Les Flics ne dorment pas la Nuit ne cesse donc de créer le vertige par le réalisme de son approche et les évènements qui en émaillent la narration (pêle-mêle, un tétanisant cas de maltraitance maternelle), rappelant constamment notre actualité et le rapport toujours complexe des citoyens aux forces de l’ordre.

les_flics_ne_dorment_pas_la_nuit_1

14 commentaires

  1. Belle idée que ce billet.
    Passionnant film sur le quotidien des cops en uniforme de L.A, magnifié par une B.O inspirée de Quincy Jones.
    20.000 Leagues Under the Sea, The Vikings, Tora! Tora! Tora!, Soylent Green pour les plus connus de ses films, peu de chances à mon avis ( humble, l’avis en question ) que le Richard soit resté inconnu du grand public de son vivant ..

    J'aime

  2. Diantre, il me fait baver ton Fleischer ! La photo que tu publies en fin d’article m’évoque furieusement le « to live and die in L.A. » de Friedkin. Moi aussi j’ai eu mon petit Fleischer à Noël, c’est « Mr Majestyk », mais je n’ai pas encore trouvé le temps de le visionner.

    J'aime

    • Je me suis fait la même réflèxion que toi concernant la proximité photographique avec le film Friedkin. Mais nul doute que ce Fleischer là ait influencé, dans le visuel comme dans l’écriture, les polars urbains qui lui ont succédé.
      Et je compte sur toi pour parler de ta rencontre avec Majestyk Bronson sur ton blog 🙂

      J'aime

  3. Pas vu celui là mais je suis un ardent défenseur de Richard Fleischer, réalisateur peu évoqué à sa juste valeur à l’heure actuelle. Un véritable touche à tout allant de l’horreur à la sf en passant par la comédie et le western.

    J'aime

  4. Fascinant! J’avoue qu’en plus de Fleischer, découvrir un autre film dans l’illustre carrière de George C. Scott (dont la prestation dans «  »Hardcore » me hantera toujours autant) est une bonne surprise.

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s