[Cinéma] The Strangers

Après deux films en milieu urbain (les excellents The Chaser et The Murderer), le réalisateur Na Hong-jin change de cadre sans pour autant remiser la radicalité dont il fit preuve par le passé au vestiaire. Il trouve ainsi un nouveau souffle au cœur des montagnes boisées de la Corée du Sud, dans un petit hameau où se répand une étrange folie meurtrière. Ces violentes scènes de crimes qu’elle sème dans son sillage dépasse totalement Jong-goo, flic dont le caractère empoté et l’incompétence servent en premier lieu de soupape comique au réalisateur. Mais alors que l’enquête est en passe de livrer une explication rationnelle, voilà que Jong-goo soupçonne le Japonais, un ermite que la rumeur dit être le diable incarné,.

Dès lors, ce récit criminel, Hong-jin l’installe sur le versant surnaturel promis par l’inévitable citation biblique offerte en ouverture. Son biotope, tissé de multiples influences, folklores et superstitions locales croisant ainsi le lourd contentieux historique opposant la Corée au Japon, prend la forme d’un arborescent dédale où chaque chemin est un moyen pour son maître d’œuvre d’entretenir insidieusement la confusion chez celles et ceux qui s’y abandonnent. Clairement, le cinéaste joue ici au (plus) malin et brouille volontairement les cartes en retouchant, au grès des évènements, le portrait qu’il dresse de ses personnages, semble t-il moins pour leurs apporter de la nuance que pour abuser de la confiance de son spectateur qui ne saura dès lors plus « à quel diable se vouer ».

Mais si Hong-jin s’affiche comme un excellent pêcheur sachant appâter son fretin par une ensorcelante écriture cinématographique (en témoigne cette mémorable scène de désenvoutement) et une esthétique flamboyante, cette opulence de ruses abreuvant les artères de son thriller surnaturel lui permet finalement de traduire la position inconfortable qu’occupe son héros, dont l’imperméabilité se fragilisera lorsque le mauvais œil se posera sur sa fille. Le cinéaste y interroge l’influence de l’environnement et du regard sur l’esprit, lequel produira alors ses conclusions sans pour autant qu’elles s’accompagnent de certitudes. Ainsi, l’expérience The Strangers se poursuit bien au-delà des limites imposées par son médium, tel un cauchemar auquel on ne parviendrait pas vraiment à échapper.

the_strangers_photo

17 commentaires

    • Cette complexité ne réside pas tant dans la compréhension de l’intrigue. C’est plutôt la manière de l’aborder qui est complexe. Comme si tu progressais sur un chemin dont tu ne sais sur quoi il va déboucher.

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  1. J’ai parfois trouvé que ça partait dans tous les sens et le tout est un peu trop long, mais j’ai tout de même pris mon pied devant ce film sacrément bien foutu !

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    • C’est justement cette « dispersion » des lignes de fuite narratives qui m’a énormément séduit dans cette affaire (comme quoi, les goûts… ), et à l’inverse, je n’ai nullement éprouvé cette longueur que toi et d’autres ont soulignée.

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  2. Une grande réussite qui confirme l’ingéniosité de Na Hong Jin. Il se lance dans quelque chose de nouveau (le fantastique), tout en segmentant suffisamment bien son film pour que cela fonctionne.

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  3. Le Bazar vient de rouvrir mais je constate que je ne suis pas le premier client !-) Content que tu aies apprécié ce thriller du pays des matins calmes (enfin, si non peut dire). Un des meilleurs films que j’ai vus l’an dernier. Une affaire très friedkinienne où l’on ne sait plus à quel diable se vouer, la vérité restant noyée sous la pluie battante qui caractérise les films de Na du premier au dernier. La Corée est décidément un vivier de grands cinéastes.

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    • En période d’étude, les portes du Bazar sont battantes ; à peine ouvertes qu’elles se referment déjà.
      Mais qu’importe, pourvu que l’on ait l’ivresse de partager nos coups de gueule et de cœur, à l’image de ce thriller dans lequel on a eu tout deux plaisir à perdre pied.

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  4. Un film plein de qualités formelles, et les deux premiers tiers m’ont tenu en haleine et fait peur (qualité première pour un film d’horreur). D’ailleurs, je m’en souviens bien, ce qui est un bon signe. Dommage que Na en fasse trop dans le dernier tiers et que ce film sur le malin s’escrime à vouloir être plus malin que son spectateur.

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  5. C’est vrai que « l’expérience The Strangers » continue bien après le premier visionnage, car il hante. La symbolique dans ce film est tellement forte qu’à chaque visionnage je découvre de nouvelles choses. Il est devenu un de mes films préférés.

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