[Cinéma] Live by night

Après avoir porté la cape de l’homme chauve-souris dans Batman V Superman, Ben Affleck endosse le costume de Joe Coughlin, vétéran revenu de l’enfer de la première guerre et de l’autoritarisme irraisonné des généraux qui la conduisaient. Souhaitant ne plus recevoir ses ordres de personne, Joe suit donc la voie du crime, braquant notamment le bar clandestin d’Albert White, parrain de la pègre irlandaise de Boston dont il fait davantage que de dérober la recette. Il rafle au passage le cœur de la maîtresse de ce dernier. Une idylle à laquelle White met un terme en démolissant la gueule d’ange de Joe à grand coup de pompe. Mais déterminé à se venger, Joe fait le choix de s’associer avec la mafia italienne pour mettre à genoux l’empire criminel de White en Floride.

Ben Affleck, ici à la fois acteur, réalisateur et scénariste, s’approprie consciencieusement les codes du genre qu’il investit et livre un travail de reconstitution de l’Amérique de la Prohibition pour le moins exemplaire. La photographie veloutée produite par Robert Richardson parachève l’élégance esthétique de cette fresque criminelle aussi violente que délicate. Le cinéaste ne cache pas ici son goût du sentimentalisme dont il avait par ailleurs déjà fait la démonstration sur le solide The Town, brossant le portrait d’un hors-la-loi fleur bleu cherchant moins à briller en société qu’à s’assurer une indépendance financière et morale. L’ambiance construite autour du film, le profil psychologique du héros et son rapport aux femmes fait se rapprocher Live by night davantage du Public enemies de Michael Mann (cinéaste pour lequel Affleck voue une véritable fascination) que de Les Affranchis de Martin Scorsese, sans toutefois parvenir à en reproduire la virtuosité technique (une poursuite et une fusillade en intérieur proprement emballées mais sans génie) et ce sentiment de danger à la fois physique, moral et sentimental nimbant le cinéma du réalisateur de Heat. N’est pas Mann qui veut !

Il n’en reste pas moins de Ben Aflleck la justesse de son écriture qui lui permet de ne jamais laisser sur le bas-côté ses personnages, aussi secondaires soient-ils. Son imposante galerie de protagonistes, par ailleurs tous excellemment campés par une distribution quatre étoiles (Zoe Saldana, Elle Fanning, Brendan Gleeson, Chris Cooper), le contraint certes à accélérer le tempo – au risque parfois de passer trop rapidement sur certains détails de l’ascension de Joe Coughlin – mais lui permet de s’offrir une marge de manœuvre suffisante pour mener tous ces destins à leurs termes. Pêchant sans doute par excès d’ambition, ce joli effort confirme néanmoins le professionnalisme de son auteur.

2 commentaires

    • Ce n’est en effet pas du côté de ce Live by night qu’il faut chercher l’innovation. En même temps, j’ai l’impression que tout semble avoir été dit sur le monde de la mafia des années 20-30.

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s