[Littérature] Le Jeu du chat et de la souris

Très vite, je me retrouvais dans l’état d’inactivité qui était le mien avant. J’avais fait tout ça pour me sortir de cette situation, mais je commençais à douter du résultat : je me rendais compte à présent que j’avais cru que le résultat viendrait de lui-même. Cet état d’ennui terrifiant se manifestait par le fait qu’au moment de rentrer chez soi, on éprouvait aussitôt le désir de repartir. Et au moment de sortir, on voulait rentrer. Bref, où qu’on aille, surgissait un sentiment que cela n’en valait pas la peine.

A Yi, ancien policier devenu journaliste puis écrivain, marche dans les pas d’Albert Camus avec ce Jeu du chat et de la souris auquel se livre un étudiant à l’académie militaire se résolvant à assassiner gratuitement une camarade de classe. Nous faisant pénétrer son atelier criminelle par la voix de la première personne du singulier, le personnage principal narre son acte comme l’épilogue à son exil existentiel, souhaitant que la fugue par laquelle il entend conclure son entreprise criminelle apporte la vitalité dont son existence était jusqu’alors dépourvue. Cependant, passée la montée d’adrénaline des premiers jours, c’est à nouveau le désœuvrement qui frappe à sa porte.

Un crime également nimbé d’une monstrueuse rancœur familiale qui arbore dans un premier temps les traits d’une tante habillée du mépris des gens de la capital pour ceux de la campagne. Mais au fil de cette cavale, l’auteur remonte les racines de cette haine et finit par déterrer l’image d’un défunt père courbant l’échine dans la mine de charbon locale afin de céder sa place d’universitaire à un frère cadet au parcours scolaire pourtant moins brillant.

À cet oppressant portrait d’une jeunesse dévorée par l’ennui et écrasé par les circonstances familiales, succède celui plus mordant d’une société où se joue une comédie grotesque. Un regard acerbe sur le jeu social qui ne serait pas Étranger à Camus, référence littéraire que la postface signée de la main de l’auteur vient éclairer. Aussi désespérée que le récit qui la précède, cette conclusion jette également le trouble sur la personnalité de l’écrivain, jadis habité par une profonde rancœur née de la pression exercée par ses parents pour mener une vie normale.

Cette plume, sèche et noire, avec laquelle A Yi signe son premier roman produit une marque indélébile dans la littérature asiatique comme dans l’esprit du lecteur.

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