[Littérature] Silence

Kichijiro cherchait à exprimer une pensée différente, plus révoltante encore. Le silence de Dieu. Depuis vingt ans déjà, la persécution s’est allumée, la terre noire du Japon a retenti des lamentations d’innombrables chrétiens, elle a bu à profusion le sang rouge des prêtres ; les murs des églises se sont écroulés et, devant cet holocauste terrible et sans merci qui lui était offert, Dieu n’avait pas rompu ce silence.

Adaptée par deux fois au cinéma (en 1971 par Masahiro Shinoda, puis très récemment par Martin Scorsese), Silence de Shûsaku Endô propose, sous la forme hybride du journal intime et du roman, une troublante autopsie de la foi. Envoyé au Japon afin de revivifier l’arbre du catholicisme planté par ses prédécesseurs et déterminer les raisons qui ont conduit son ancien maître à apostasier, le père Rodrigues éprouve sur son chemin le silence de Dieu. L’auteur, catholique japonais, visite une page sombre de l’Histoire du Japon ; la violente persécution dont furent victimes les chrétiens japonais et les missionnaires jésuites au début du XVII siècle, prélude à la fermeture du pays en 1660 ; et refuse tout totémisme, révélant en cela l’incommunicabilité d’alors entre un catholicisme condescendant et un shintoïsme défensif. Endô, par sa plume illuminée, transcende totalement son sujet. Silence peut effectivement s’entendre autrement que comme une évocation de l’exercice de l’apostolat en période de trouble. Il est également une peinture des mouvements intérieurs de ces convictions agitées par le doute et l’absence. Brillant.

PS : à lire, ce passionnant entretien mené par le frère Manuel Rivero de l’écrivain Shûsaku Endô à l’occasion de la sortie sur les écrans de l’adaptation de son roman par Martin Scorsese.

8 commentaires

  1. Je ne savais pas que le roman avait déjà été adapté une première fois! Merci pour ce brillant billet qui me donne très envie de lire cet envoûtant journal intime/roman.

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  2. Recueillement et méditation, quête du silence intérieur, des perspectives qu’il me plairait de suivre à l’heure actuelle afin d’apaiser quelque peu mon quotidien frénétique.
    Même si j’ai vu le très beau film de Scorsese, tout m’invite à me plonger dans ces belles pages qui ont fait fondre ton âme de lecteur.

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  3. Le film de Scorsese ne m’a pas totalement enthousiasmée même si je lui reconnais de réelles qualités. Cela dit, je ne désespère pas de lire un jour ce roman en espérant qu’il m’emporte plus 🙂

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    • Peut-être apprécieras-tu davantage la lecture de cet ouvrage que le film de Scorsese. Pour le moment, ce dernier se tient à distance de mes envies de cinéphile. Mais je confesse qu’à la lecture de ce roman, une forme de curiosité à son égard s’est fait ressentir.

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