[Cinéma] Alien : Covenant

Caravelle des mers stellaires, l’USCSS Covenant transporte colons et embryons vers la planète Origae-6 en vue d’y établir une colonie. Au cours de ce long voyage, une avarie technique tire les membres d’équipage hors de leur sommeil cryogénique. Une sortie extra-vehiculaire plus tard, est intercepté un message abscons provenant d’une planète proche de leur position présentant a-priori les conditions favorables à l’installation d’une colonie humaine sur son sol. Sur la base de cette obscure transmission (!) et du refus des membres d’équipage à rejoindre leur cryotube (!), il est décidé de modifier le plan de route (!) le temps d’une excursion pédestre à la découverte de ce nouveau monde pour éventuellement y déplier définitivement bagage (!). En terme de vraisemblance, Alien : Covenant se pose donc là.

Déchiré entre la poursuite des perspectives philosophiques entraperçues sur Prometheus et un retour au survival viscéral des premiers Alien, Ridley Scott consent finalement à accoupler ces deux tendances, malheureusement sans parvenir à instaurer une symbiose. Le cinéaste sature ainsi sa toile de références intellectuelles et culturelles (Wagner, les époux Shelley, Byron, Michel-Ange) en rupture totale avec la sensiblerie misérable – le jeu minable de Katherine Waterston en guise de figure de proue – et les situations ubuesques venues du tréfonds des âges du cinéma d’horreur en constituant l’ossature. Et non content d’engendrer un slasher soporifique – mais qui ne manque pourtant pas de spores ! – et de tuer dans l’œuf la promesse d’une rencontre avec les Ingénieurs, Scott, dans un geste audacieux de mépris envers une mythologie à laquelle il doit tout, domestique le xénomorphe comme un dompteur le fait d’un fauve, lui ordonnant d’exécuter des numéros dont le caractère trivial ne sidère guère plus que les dernier-nés.

Conséquence de cet imparfait métissage, David tire la couverture vers lui, devenant le véritable prédateur du film, ce « monstre dans le placard » arborant ici le masque cabotin d’un Michael Fassbender se bâfrant de la perfidie et de l’érudition de son personnage. Il y a par ailleurs chez cet androïde expatrié un charmant alliage de raffinement – faisant des vers du poème Ozymandias, son mantra – et de perversion – cette mythique bête qu’il extrait des profondeurs devenant le miroir de sa propre prédation envers l’humanité – rappelant l’élégance scabreuse de l’Hannibal qu’avait jadis fait chasser Ridley Scott dans la cité florentine. Mais David connait un destin plus tragique que son modèle, se révélant acteur d’une farce épaisse et esthétiquement moribonde (adieu, les monstrueux décors de Prometheus) dont la péroraison nous convainc qu’il n’y avait guère de pilote dans cet avion.

Pourtant obsédé par l’immortalité de son œuvre (il n’eût d’ailleurs aucun scrupule à court-circuiter le projet de Neil Blomkamp afin d’avoir le champ libre pour la réalisation d’Alien : Covenant), il demeure étonnant que Ridley Scott fut à ce point déterminé à signer cette suite boiteuse et vulgaire.

6 commentaires

  1. Tellement vrai!!! Et puis envoyer bouler Blomkamp qui travaillait dessus depuis longtemps, c’est juste dégueulasse! En plus les concept art de Blomkamp était dingue…

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  2. Je ne dirais qu’une chose n’ayant pas vu le film : parfois il faut savoir s’arrêter. Et pour la saga Alien cette phrase se pose depuis le final d’Alien 3. 🙂 Sinon le retour d’une autre oeuvre phare de Ridley Scott sans son géniteur est très bonne. 😉

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