[Cinéma] Message from the King

Avant son investiture l’an prochain par l’empire Marvel, le futur prince du Wakanda, Chadwick Boseman, a un message à délivrer aux spectateurs. Et c’est à Fabrice Du Welz, auteur d’un Calvaire passé dans le domaine du culte (et d’autres films de genre qui le furent moins), que revient la tâche d’y mettre les formes.

Sans nouvelle de sa sœur Bianca, Jacob King quitte son Afrique du Sud natale et met le Cap vers L.A., son dernier domicile connue. Remontant le fil de son bottin (une amie camée, un dealer russophone) dans une crapoteuse Cité des Anges, Jacob, dont l’apparent sang-froid augure une de ces violentes tempêtes qui balaient invariablement les territoires du vigilant movie, en retrouve rapidement la trace à la morgue, la chair mutilée, le sourire édenté. La rage se lit immédiatement sur le visage de Chadwick Boseman, qui éclaire l’âme de son personnage davantage que tous ces dialogues et micro-flashbacks venant en expliquer la nature. Le réalisateur belge a d’ailleurs parfaitement saisi la force d’attraction émanant de son acteur principal, le regardant baguenauder sa silhouette dans la mégalopole angeline et faisant de son regard, reflet de cette eau calme et profonde dans laquelle vont bientôt se noyer les maîtres d’œuvre de cet odieux crime, le passionnant sujet de sa caméra. Oui, Chadwick Boseman est un acteur qui a des tripes et de la gueule, et à certain point de vue, Message from the King, par sa filiation à un genre plutôt en marge du cinéma mainstream, apparait comme une œuvre testamentaire témoignant qu’il ne fut pas uniquement cette marionnette de l’industrie de l’héroïsme à laquelle il s’engage prochainement à céder son image.

C’est à la chaîne que Jacob s’apprête ensuite à châtier les meurtriers . Et à Du Welz d’enfoncer les portes mille fois ouvertes par ses prédécesseurs. Se refusant à singer le cinéma d’exploitation (tendance MacheteHobo with a shotgun) ou à ripoliner sous un filtre eighties l’expédition punitive menée par son personnage principal (style Drive), le cinéaste s’astreint à suivre son cahier des charges (jusqu’à conclure banalement sur l’inanité de l’entreprise vengeresse) sans y planter ce grain de folie que l’on attendait de lui, quand bien même il s’autorise à y croquer le portrait d’une de ces fangeuses humanités (ici, un dentiste véreux et un producteur libidineux passablement pédophile) dont sa filmographie regorge. Il n’y a donc là rien de nouveau sous le soleil du film d’auto-défense.

5 commentaires

  1. Comme la chronique est bonne, les défauts de ce revenge movie sont doucement évincés au profit de la qualité d’interprétation mise en exergue. L’histoire que tu nous décris tient du Shaft sauvage, d’un Luke sorti de sa Cage, d’une Panthère Black prête à bondir sur les parkings des Anges. Rien que pour ça, je veux bien m’abonner à la chaîne. 🙂

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  2. Je le reconnais, et je m’en rends compte davantage en lisant ta critique, le film ne cède effectivement pas aux sirènes du revenge movie overstylisé. Avec Boseman, c’est un autre bon point pour un thriller finalement passable.

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