[Cinéma] The Age of shadows

Après avoir ouvert une courte parenthèse aux États-Unis au cours de laquelle il tourna Le Dernier Rempart, film d’action anecdotique qui eu néanmoins le mérite d’avoir restitué à l’ex-gouverneur Arnold Schwarzenegger son costume d’« action hero » avec tout le respect dû à son rang, Kim Jee-woon regagne la Corée du Sud. Et pour marquer son retour, le cinéaste s’engage dans un drame historique ; un genre compassé, particulièrement casse-gueule pour des metteurs en scène ayant à cœur de repousser les frontières des territoires cinématographiques qu’ils investissent. Cependant, Jee-woon n’est pas de cette trempe d’artistes prêts à sacrifier l’énergie de leurs cinémas aux conventions des genres. Dès l’ouverture, le réalisateur affiche ses ambitions : proposer une œuvre grandiose et éclairée, un spectacle dont les aspects techniques (réalisation, direction artistique) servent les intérêts de la narration et de la psychologie des personnages. Ainsi, à l’ombre de cette étourdissante chorégraphie inaugurale de corps et de mouvements d’appareil qui n’est pas sans rappeler le cinéma d’action hongkongais, dans cette étroite cité au tracé dédaléen, se matérialise déjà la confusion régnant chez Lee Jung-chool, capitaine de police ayant sacrifié ses convictions à son ambition personnelle en s’inféodant au régime colonial japonais sans pour autant avoir fait le deuil de son passé militant. Au cours d’une opération d’infiltration pour démanteler un réseau de résistance, il rencontre Kim Woo-jin (Gong Yoo, remarquable de précision), un photographe coréen également propriétaire d’une manufacture d’objets de contrefaçon servant de couverture à son activisme politique. Décelant les faiblesses de Jung-chool, Woo-jin sollicite son aide afin de faire passer clandestinement la frontière chinoise des explosifs destinés à un futur attentat visant le commissariat de Séoul. Dès lors, les ondoiements intérieurs de ce représentant de l’ordre s’amplifient. Ces sentiments contraires, Song Kang-ho (Memories of Murder, The Host) les laisser traverser la surface de son regard et entailler sa voix caverneuse, éclairant de son talent ce personnage clair-obscur. The Age of shadows tire ainsi son énergie dans ce refus de produire une peinture scolaire de la période concernée (l’occupation de la Corée par le Japon) pour s’attacher aux couleurs et aux nuances que ce contexte, propice à toutes les compromissions, donne à ses acteurs. Kim Jee-woon trouve dans cette approche la matière lui permettant de bâtir un majestueux film d’espionnage délesté de ses antédiluviennes et embarrassantes parures narratives. Point donc de spectaculaires rebondissements et de retournements de veste grotesques. C’est un suspens simple car sans artifice qui se répand insensiblement telle une traînée de poudre et auquel une séquence, particulièrement intense, se déroulant au cœur d’un luxueux train express, met le feu. À toute vapeur, The Age of shadows file alors vers son final orchestographique mené au rythme du Boléro de Maurice Ravel. Du grand cinéma.

4 commentaires

  1. Il sort enfin en Blu Ray et Dvd… j’aime beaucoup ce réalisateur, j’ai forcément hâte de découvrir ENFIN ce film et ta critique est juste hyper encourageante !! 😀

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  2. Vu hier soir !
    Quoiqu’ un poil longuet, j’ai passé un bon moment, le soin apporté à la reconstitution de l’époque y est pour beaucoup.
    A l’inverse, la façon de repasser de la police japonaise laisse perplexe….. 🙂

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