[Cinéma] Ça (2017)

Seconde adaptation du double roman fleuve de Stephen King, Ça version 2017 connue une enfance compliquée, passant de studio en studio, de main en main, chacune hésitante sur la forme à lui donner ; celle d’un « one-shot » ou d’une dilogie. Après de longues années de gestation et le renvoi du réalisateur et scénariste Cary Fukunaga, Andrès « Andy » Muschietti, auteur du remarqué Mama, est engagé par la Warner pour mettre en scène le premier volet de ce qui constituera finalement un diptyque. Cette première partie se propose de relater la confrontation opposant les membres du Club des Ratés lors de leur prime jeunesse à Grippe-Sou, clown métamorphe surgissant à une fréquence cyclique des égouts de la ville de Derry pour se repaître des peurs enfantines de la jeune population. Pour se mettre en appétit en ce début d’année 1988, il jette son dévolu sur Georgie, parti faire voguer le vaisseau de papier confectionné par son frère aîné sur les flots serpentant les berges de son quartier. Et comme l’eau qui, courant le long d’un caniveau, termine sa course dans les abîmes empuantis des fosses souterraines, l’apprenti moussaillon en ciré jaune glisse inéxorablement vers l’antre du croquemitaine. Le visage fendu de motifs et de rictus effrayants, ce dernier fait ses adieux à la version popularisée par Tim Curry, dont les noirs desseins avançaient masqués sous la surface de la banalité, pour laisser place à un prédateur cirquassien qu’interprète avec gourmandise Bill Skarsgard et face auquel la nature malveillante de ses intentions se révèle clairement. Mais le petit Georgie, né de la dernière pluie, succombe à son appel, se laissant croquer l’avant-bras avant de disparaitre dans les profondeurs de cette bourgade du Maine. Cette traumatisante ouverture transgressant la règle morale du cinéma hollywoodien selon laquelle la violence sur un enfant ne peut être qu’en hors champ, ce souffle subversif qui en remplit l’espace confère au film un galbe olympien lui permettant instantanément de gagner de l’altitude. Ça se gonfle ensuite de nostalgie, d’humour bon-enfant et d’horreur. Tandis que les scènes durant lesquelles Bill et sa bande sillonnent les rues et les bois de Derry à dos de bicyclettes afin d’élucider la disparition de son frère cadet se parent des couleurs des productions Amblin, Andrès Muschietti cherche à maintenir le degré de terreur atteint au cours de la séquence d’ouverture avec force agressions sonores et truquages visuelles. Las, ces références à la culture pop des années 80 artificiellement posées dans le paysage visuel et intellectuel du récit ainsi que ces respirations comiques désamorçant régulièrement les trop nombreuses et inefficaces décharges horrifiques finissent par tirer vers le bas les ambitions du film. De cet insignifiant spectacle de cris et de larmes, ne surnage que le passionnant portrait de ce monde des adultes aspirant à inoculer à la jeune génération le curare de l’angoisse. À défaut finalement pour le film d’être parvenu à inspirer l’effroi.

12 commentaires

  1. Une adaptation qui met à la poubelle la version tv dont on ne retenait malheureusement que l’excellente prestation de Tim Curry. Certes ce n’est que le premier volet (le second arrivera l’an prochain) mais en se focalisant sur les enfants, Muschietti peut plus se focaliser sur les personnages même si certains sont un peu moins traités que d’autres. Reste qu’en dehors de tares de l’époque (les jump scares, la musique qui va avec), le film réussit à instaurer une ambiance graphique et surtout malsaine. Muschietti n’a pas forcément besoin de montrer d’abus sexuels pour faire comprendre que Beverly subit les pulsions dégueulasses de son père. Un petit « ma chérie » suffit à instaurer le malaise. J’espère en tous cas que le casting des adultes sera aussi bon que celui des ados.

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  2. Ohhh pour ma part, le résultat m’a plutôt plu, pas forcément effrayant (quoique la scène avec le film fut efficace en ce qui me concerne), mais je trouve qu’il y a une ambiance mine de rien et je ne trouve pas que les références pop cultures soient trop usantes – ce que je craignais (et c’est tout de même mieux que le téléfilm tout vieilli).

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    • La scène de la diapositive fait son petit effet, même si j’ai vu bien mieux dans Sinister de Scott Derrickson.
      En ce qui concerne l’ambiance, les éléments la composant (humour/bande son/photographie) s’articulent suffisamment mal entre eux pour la juger inefficace. Du reste, le jeu des références à la pop culture des 80’s étant devenu un poncif depuis Super 8 (et davantage encore depuis Stranger Things), je n’arrive décemment plus à trouver dans cette démarche le moindre soupçon de sincérité et d’intérêt. Ça n’est sans doute pas fait pour moi.

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      • Je rebondis juste sur l’aspect 80’s. Le film n’en joue absolument pas. Il se présente comme un film qui se déroule dans les 80’s mais ça en reste là. Tu as des repères comme des affiches de films dans la chambre de Bill, tu as L’arme fatale 2 annoncé au cinéma du coin et… c’est tout ! Il n’y a rien d’autres. Le reste c’est une adaptation du livre. Et c’est bien que tu cites les deux films / séries car le premier fait du Amblin like tellement fort que cela en devient gavant et l’autre pompe littéralement Ça et d’autres films de la même époque. Deux projets qui se prennent pour originaux alors qu’ils ne sont qu’un résidu de nostalgie putassière. En regardant Ça tu n’as jamais cette impression bien qu’il se situe dans les 80’s.

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        • La différence pour moi est qu’il y a davantage de cœur dans Super 8 que dans Ça. Super 8 vibre de la nostalgie, elle circule dans les veines de la pellicule, elle pénètre les personnages, elle en électrifie les émotions. Dans Ça, la nostalgie n’est qu’un papier peint platement plaqué en arrière plan.

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          • J’ai plus de sympathie pour les gamins de Ça mais ça c’est un point de vue personnel. 🙂 Je préfère justement qu’on reste dans un décor d’arrière-plan, plutôt qu’une nostalgie envahissante et pénible.

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  3. Je suis globalement de ton avis, même si Borat n’a pas foncièrement tort lorsqu’il dit qu’un simple « ma chérie » se montre sans doute plus subversif qu’une brutale scène d’inceste plein écran. C’est surtout dans le rapport entre enfants que le film reste assez sage, là où la correspondance passé/présent éveillait le trouble dans la précédente version télévisuelle (pas si mal d’ailleurs). Les adultes, comme tu le dis, sont écartés du jeu, revêtant un caractère assez irréel par leur dimension caricaturale. Est-ce voulu ou pas ? Difficile de se prononcer sur l’intention véritable d’un réalisateur qui semble être là avant tout pour f

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    • Si je me fis au roman, les adultes sont absents volontairement. Mais c’est lié à un aspect du récit qui n’a pas été encore abordé et qui si je me fis aux propos de Muschietti sera abordé dans le second opus.

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    • Le clown est farceur 😉
      Borat et toi avez effectivement raison, ce sont les adultes les plus angoissants que ce clown aux apparitions prévisibles et fort peu effrayantes. La phrase clôturant mon article visait le film dans son ensemble et non les personnages adultes – je vais d’ailleurs en modifier la formulation afin d’éliminer cette confusion.

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